Côte d’Ivoire: des travailleurs ivoiriens dénoncent Unilever pour la violation de leurs droits lors d’une vente d’actions

Unilever CI

Représentants Unilever CI

Plusieurs employés d’Unilever en Côte d’Ivoire sont en colère et dénoncent une violation de leur convention collective par l’entreprise. Ils affirment que le groupe refuse de leur garantir des indemnités de départ en cas de licenciements suivant la cession des activités locales, d’après des documents consultés.

Unilever est une multinationale anglo-néerlandaise dont le siège est basé à londres et à Rotterdam. Elle est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de produits de beauté, de soins personnels, d’entretien de la maison, ainsi que de produits alimentaires et de boissons entreprise britannique spécialisée dans les biens de consommation, et une des grandes marques mondiales reconnues. Cette multinationale a décidé de vendre sa participation intégrale dans sa filiale ivoirienne en difficulté. La cession des activités, annoncée pour le 20 juin, impliquant environ 160 employés, sera réalisée au profit d’un consortium d’investisseurs locaux dirigé par la Société de Distribution de Toutes Marchandises Côte d’Ivoire (SDTM).

Un contexte de cession et de restructuration

La filiale ivoirienne d’Unilever gère à la fois des marques locales et internationales du groupe dans le pays. Cependant, à la suite de cette transaction, seuls les produits sous les marques locales resteront sous la gestion de SDTM, d’après une note interne datant du 8 avril. L’avenir des marques internationales d’Unilever dans ce marché demeure, pour l’heure, incertain.

Dans un contexte déjà marqué par un déclin du chiffre d’affaires ces dernières années, les employés craignent que cette opération ne se traduise par des licenciements secs, comme cela s’est souvent produit lors de telles opérations, surtout que la plupart d’entre eux ont déjà vécu des réorganisations précédentes. La pression s’intensifie au fur ét à mesure que la date butoir prévue pour le 20 juin se rapproche.

La mobilisation des salariés et leurs revendications

En signe de protestation, ils ont décidé de faire entendre leurs voix et ont organisé des manifestations dans les bureaux de l’entreprise à Abidjan depuis le 25 avril. D’après leur convention collective obtenue par Reuters, Unilever devrait verser aux employés licenciés une compensation correspondant à un mois de salaire brut moyen pour chaque année de service, plafonnée à 18 mois de salaire. Cet accord négocié en 2004 et réitéré en 2007 reste applicable selon Soualiho Lassomann Diomande, avocate chez Lex Ways et représentante du personnel local. L’accord inclut également une couverture médicale pour une période maximale de six mois.

La position d’Unilever et la réalité sur le terrain

Sollicitée par Reuters, Unilever n’a pas commenté cet accord particulier. Cependant, lors d’une réunion tenue le 25 avril à l’inspection du travail à Abidjan, le directeur d’Unilever Côte d’Ivoire, Arona Diop, a indiqué que SDTM déciderait des conditions de travail et des salaires après la cession. Cela semble remettre en cause l’application des dispositions de la convention collective actuelle. Unilever a par ailleurs précisé que cette transaction se structure sous forme d’une vente d’actions, ce qui signifie que les contrats des employés ne seront pas formellement résiliés. Toutefois, les implications concrètes pour les travailleurs n’ont pas encore été clarifiées.

Selon une base de données de l’Organisation internationale du travail (OIT), les travailleurs ivoiriens doivent recevoir une indemnité équivalant à 30 % de leur salaire brut mensuel par an pour une ancienneté allant jusqu’à cinq ans. Ce pourcentage augmente à 35 % entre six et dix ans, puis à 40 % au-delà.

Ce traitement contraste fortement avec celui réservé aux salariés européens du groupe. Soualiho Lassomann Diomande a souligné que, récemment, Unilever s’est engagé à maintenir pendant trois ans les conditions d’emploi des travailleurs européens et britanniques concernés par la scission de sa division crèmes glacées. Cette durée, trois fois supérieure à la norme habituelle pour ce type d’opérations, montre une disparité significative dans la gestion des droits des employés entre les régions du monde. Au début de l’année précédente, Unilever avait déjà annoncé une réduction d’effectifs globales touchant environ 7 500 postes dans le cadre d’une vaste réorganisation destinée à économiser près de 800 millions d’euros.

La dimension humaine d’une crise sociale

Au-delà des chiffres et des contrats, le vrai problème que pose cette situation, ce sont des vies, des familles, des rêves qui sont en jeu. plusieurs employés, qui ont certainement passé toute leur carrière dans la filiale ivoirienne, voient, du jour au lendemain leur avenir s’assombrir. Leur légitime combat dépasse la simple question d’indemnités : c’est celui de la dignité, du respect des engagements et des droits humains. Ils dénoncent une pratique qui, selon eux, bafoue leurs droits en toute impunité, dans un contexte où la précarité économique et la crise sociale font déjà peser une lourde menace sur leur quotidien.

Roland Renaud

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