Au Bénin, Les Démocrates tournent la page Boni Yayi, mais la succession s’annonce compliquée avec deux présidents par intérim

Eric Houndete, président par intérim du parti les démocrates

Eric Houndete, président par intérim du parti les démocrates

Après la démission de son fondateur historique, le principal parti d’opposition a changé de président par intérim en dix jours seulement. Pourtant, Éric Houndété, évincé, affirme toujours être le président légitime jusqu’au congrès d’octobre 2026.

Cotonou, fin mars 2026. La nuit a été longue pour les cadres des Démocrates. Au petit matin du 23 mars, après des heures de débats houleux, Nourénou Atchadé est désigné nouveau président du parti. La décision surprend : dix jours plus tôt seulement, Éric Houndété avait été nommé à cette même fonction par intérim, juste après le départ de Thomas Boni Yayi. En l’espace de quelques jours, le parti semble avoir connu deux présidents successifs. Mais la réalité est plus nuancée, et surtout plus tendue.

Tout commence le 3 mars, lorsque Boni Yayi annonce sa démission pour des raisons de santé et un besoin de repos. L’ancien président, figure tutélaire et fondateur du parti en 2020, laisse derrière lui un vide immense. Une délégation se rend à Tchaourou pour le convaincre de rester, sans succès. Le 13 mars, la coordination nationale confie l’intérim à Éric Houndété, premier vice-président et député expérimenté. Beaucoup y voient alors une solution raisonnable pour assurer la transition jusqu’au congrès prévu en octobre.Pourtant, lors du conseil national du 22 mars, les choses basculent. Après une séance qui s’est prolongée jusqu’à six heures du matin, les participants désignent Nourénou Atchadé, deuxième vice-président, comme nouveau président jusqu’au congrès. Selon plusieurs témoins, Éric Houndété s’est vivement opposé à cette décision et a quitté la salle avant le vote.

Depuis, la situation s’est compliquée. Éric Houndété conteste ouvertement cette désignation. Il revendique toujours la présidence du parti et affirme qu’il la conservera jusqu’au prochain congrès d’octobre 2026, conformément aux statuts et à la décision initiale de la coordination nationale. « Je reste le président par intérim légitime », a-t-il déclaré dans des échanges relayés par plusieurs médias béninois. Cette position crée une situation inédite : le parti se retrouve avec deux prétendants à sa tête.

Deux visions, une même formation

Éric Houndété, 63 ans, incarne une ligne de continuité et de dialogue. Député de longue date, il avait déjà présidé le groupe parlementaire de l’opposition et s’était montré ouvert à certaines discussions avec le pouvoir. Pour ses soutiens, il représentait la stabilité dont le parti avait besoin dans cette période délicate.

Nourénou Atchadé, en revanche, est perçu comme plus proche de l’héritage combatif de Boni Yayi. Son élection rapide semble traduire la volonté d’une partie des cadres de maintenir une opposition plus ferme.

Kamar Ouassangari, secrétaire administratif du parti, a tenté d’apaiser les esprits en déclarant que « Éric Houndété reste un membre important et le premier vice-président ». Mais la revendication publique de Houndété rend la situation plus délicate et risque d’alimenter les divisions internes.

Une neutralité fragile dans un paysage politique verrouillé

Au-delà des personnes, c’est la stratégie du parti qui est en jeu. Faute de parrainages suffisants, Les Démocrates n’ont pas pu présenter de candidat à la présidentielle du 12 avril 2026. Ils ont choisi la neutralité, ne soutenant ni le candidat de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni, ni celui de l’opposition modérée, Paul Hounkpè.

Cette position prudente vise à préserver l’indépendance du parti, mais elle intervient dans un contexte où l’espace politique de l’opposition s’est considérablement réduit depuis la réforme du système partisan en 2019. Certains y voient une stratégie de survie, d’autres craignent qu’elle ne conduise à une marginalisation progressive.

Quelle issue pour Les Démocrates ?

Pour l’instant, le parti navigue entre deux légitimités concurrentes. Le congrès d’octobre 2026 sera le moment décisif : il devra trancher définitivement la question de la présidence, redéfinir une ligne politique claire et préparer les législatives de 2027.Dans un Bénin où le dialogue politique reste fragile, cette transition chaotique contraste avec l’image d’unité que Les Démocrates ont longtemps voulu projeter. Elle montre surtout à quel point le départ d’une personnalité aussi charismatique que Boni Yayi laisse un vide difficile à combler rapidement.

La question reste ouverte : les divisions actuelles affaibliront-elles durablement le parti, ou parviendront-elles à se résoudre avant le congrès ? Les prochaines semaines, marquées par la campagne présidentielle, offriront sans doute les premiers éléments de réponse. Nous suivons de près cette situation.

Essenam Faith

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