Sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest : l’initiative Porteo au Togo, un virage avicole d’envergure continentale

centre avicole du togo Hassan

centre avicole du togo Hassan

À l’heure où les premiers camions déchargent sacs de maïs et de soja au port d’Abidjan, l’odeur de grains fraîchement moulus contraste avec les étals clairsemés des marchés intérieurs : plus de 40 millions de personnes peinent encore à se nourrir correctement dans la région, et les projections annoncent 52,7 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë d’ici au milieu de 2025 – un record historique pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Une facture alimentaire qui explose

En deux décennies, la facture d’importations alimentaires ouest-africaines a plus que doublé : elle est passée de 8 milliards $ (moyenne 2000-2010) à 17,78 milliards $ sur la période 2011-2020, alors même que les exportations agricoles ne couvrent que 86 % de cette somme. Cette dépendance s’explique par une demande intérieure qui croit quatre fois plus vite que la production locale – sous l’effet conjugué de la démographie (2,7 %/an) et de l’urbanisation galopante.

Au cœur des villes, les habitudes alimentaires se diversifient : plats prêts-à-consommer, restauration de rue et produits ultra-transformés représentent désormais près de la moitié des achats hebdomadaires au Mali, au Nigeria ou au Sénégal, tandis que fruits et légumes frais gagnent aussi du terrain. Mais cette diversification reste inégale : les ménages modestes accèdent moins facilement aux protéines animales et aux produits riches en micronutriments.

Le poulet, thermomètre des tensions… et des solutions

Le cas de la volaille illustre parfaitement ce tiraillement entre dépendance et autosuffisance.

Dans les allées fraîches du marché de Treichville, la marchande empile avec soin ses poulets “de cour” abattus le matin même. « À 4 500 francs, c’est déjà un prix d’ami », sourit-elle – l’équivalent de US $ 4,90 à 7,80 par kilo selon le calibre et la saison. Quelques rues plus loin, dans les congélateurs d’un grossiste, les cartons de cuisses « made in Brazil » s’écoulent pourtant à peine 1 300 à 2 400 francs le kilo (US $ 1,92-3,84). 

L’écart se creuse davantage encore quand on remonte la chaîne : au port de Tema, au Ghana, les importateurs ont payé leurs containers de poulets entiers 1 537 $ la tonne, soit 1,54 $ le kilo CAF en 2024. Autrement dit, un poulet étranger arrive sur la côte ouest-africaine parfois trois fois moins cher qu’un volatile élevé et vendu frais en Côte d’Ivoire.

Pourquoi le poulet ivoirien coûte-t-il si cher ?

La réponse se cache dans la mangeoire. Partout sur le continent, l’aliment représente jusqu’à 70 % du coût de production d’un kilo de chair. Or, depuis un an, le sac de 50 kg de starter a franchi la barre des 160 000 kwachas au Malawi et des 13 000-19 000 nairas au Nigeria ; des hausses similaires frappent les formules maïs-soja livrées à Abidjan, portées par la flambée mondiale du maïs et de l’énergie. À cette dépendance aux intrants s’ajoutent :

Additionnez ces facteurs et le coût de revient local glisse rarement sous les 2,80-3,20 $ le kilo, même dans les meilleures fermes intégrées – un plancher déjà dépassé, avant transport et marges, par le poulet surgelé importé.

Un gouffre qui résiste… mais pas partout

Loin de se résigner, la filière cherche des parades. En Côte d’Ivoire, plusieurs groupements négocient en pool l’achat de maïs ivoirien et de tourteaux de coton pour abaisser la ration de soja importé ; au Burkina Faso, un mécanisme de TVA réduite maintient la farine de blé entre 0,35 et 0,51 $ le kilo, contre 0,68 à 2,03 $ à Abidjan et 1,55 $ à Lagos. Si l’on parvient à généraliser ce type d’arbitrage sur les céréales, la volaille pourrait suivre.

Industrialiser pour regagner des points de souveraineté Pour réduire cette dépendance, la région investit dans l’aval : usines d’aliments composés (marché africain estimé à 22,6 milliards $ dès 2025), abattoirs sous contrôle sanitaire et plateformes logistiques réfrigérées. Les géants du cacao, de la noix de cajou ou du sésame réinjectent déjà leurs revenus dans des unités de broyage, de torréfaction ou de transformation de jus, faisant grimper la valeur ajoutée locale de 12 % sur un an selon KPMG.

C’est précisément l’équation que veut résoudre PORTEO GROUP avec le centre avicole d’Avétonou : éléver, sur 660 ha, ses propres poussins et produire 450 tonnes d’aliment complet par jour, grâce à une usine de broyage maïs-soja intégrée. Objectif affiché : abaisser d’un quart le coût de revient au kilo et rapprocher, enfin, le prix du poulet « made in West Africa » de celui des cartons importés.

« Nourrir une nation, ce n’est pas seulement remplir des assiettes ; c’est garder la valeur de chaque grain de maïs et de chaque poulet ici, chez nous, pour que l’Afrique de l’Ouest décide enfin de son propre avenir. » — Hassan Dakhlallah, Président-Fondateur de PORTEO GROUP

L’initiative Porteo au Togo: un virage avicole d’envergure continentale

Le méga-complexe avicole à 100 km de Lomé, piloté par Porteo Agro-Industrie (filiale PORTEO GROUP), le site abritera :

À pleine capacité, ce centre – le plus grand d’Afrique selon les autorités togolaises – pourrait doubler à lui seul l’offre régionale de volaille tout en créant plus de 1 000 emplois directs. Surtout, en internalisant la production d’aliments et l’élevage de poussins, il stabilisera les coûts et réduira la facture d’importation de volaille congelée, sans grever les finances publiques.

Un équilibre délicat

À court terme, l’écart de prix restera « compliqué à combler », concèdent les professionnels : la puissance de feu logistique et les subventions indirectes (soja OGM moins cher, énergie maîtrisée) des grands exportateurs maintiennent un avantage concurrentiel. Mais la dynamique est enclenchée : plus les intégrateurs régionaux sécurisent l’aliment et automatisent l’abattage, plus la ligne de fracture se resserre. L’histoire du riz l’a prouvé : hier massivement importé, il est désormais cultivé, usiné et vendu localement dans plusieurs pays de l’UEMOA.

En attendant, le consommateur ivoirien continue d’arbitrer entre la fraîcheur (et la texture) du poulet du pays et l’attractivité – à la caisse – du « pilon brésilien ». Le pari des industriels ouest-africains, PORTEO en tête, est qu’un jour ces deux options s’aligneront… au profit d’une sécurité alimentaire vraiment endogène.

Vers une sécurité alimentaire partagée

Les programmes régionaux mis en place sous l’égide de la CEDEAO, couplés aux investissements privés tels que celui de PORTEO, esquissent une réponse pragmatique :

Car, au-delà des chiffres, l’équation est simple : plus le maillon industriel se développe, plus la région réduit sa dépendance et améliore l’accès – physique comme économique – à une alimentation saine. L’aventure togolaise de PORTEO montre qu’il est possible de bâtir des filières intégrées, du champ à l’assiette, au bénéfice des producteurs, des consommateurs et, in fine, de la stabilité socio-économique ouest-africaine. En misant sur l’innovation, la coopération régionale et des partenariats publics-privés équilibrés, l’Afrique de l’Ouest peut transformer la volaille – et l’ensemble de son agro-industrie – en locomotive de sa souveraineté alimentaire, sans pour autant accabler qui que ce soit : l’heure est au passage à l’échelle, pas au jeu des responsabilités.

Poposé par Hassan LAWANI

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