Au Bénin, la majorité présidentielle a solennellement investi son duo candidat pour les prochaines élections présidentielles dont le premier tour aura lieu le 12 avril 2026. La cérémonie, qui se voulait grandiose, a eu lieu ce weekend dans la partie septentrionale du pays, plus précisément dans la ville de Parakou, fief supposé de l’opposition. Désormais, les regards sont justement tournés vers le principal parti de cette opposition, Les Démocrates, qui rendra publique la composition de son duo candidat le 11 octobre prochain, selon les sources internes au parti. En attendant cette désignation annoncée du duo candidat du principal parti de l’opposition, retour sur la cérémonie d’investiture du duo candidat de la majorité présidentielle, qui a été marquée par des présences convenues, des identités remarquables, mais aussi par des absences remarquées ; autant de signaux qui apparaissent comme des indicateurs sur ce que pourrait être l’ossature de la continuité à l’ère de Romuald Wadagni.
Grand défilé de personnalités qui ne pouvaient pas se défiler
Joseph DJogbenou de l’UP-R, Abdoulaye Bio Tchané du BR, Jacques Ayadji de Moele-Bénin, Claudine Prudencio de RN, on n’insistera pas plus que cela sur le cas de ces dirigeants de partis politiques qui se devaient d’être à Parakou, devoir oblige ! De la cérémonie d’investiture de samedi dernier, on retiendra donc d’abord la présence de cette très forte délégation des membres du gouvernement. En tête, Véronique TOGNIFODE, ministre des affaires sociales, qui ne cesse de monter en grade, était l’une des premières personnalités à débarquer. Occasion pour elle, dès le jeudi 02 octobre, de présider la cérémonie de lancement de la phase 3 des microcrédits Alafia à la Place Tabéra. Le lendemain, vendredi, elle a été aperçue au stade municipal de Parakou, très active dans la supervision des travaux préparatifs de la cérémonie d’investiture. Rachidi Gbadamassi, ancien maire de Parakou, ancien député, actuel ministre-conseiller, a lui aussi multiplié des démarches, visibles et invisibles pour s’assurer que sa participation à l’événement ne sera pas invisibilisée. On a ainsi vu quelques groupes d’animations folkloriques scander le nom de ce leader local pendant leur prestation à la cérémonie d’investiture. Aucun des participants à cette cérémonie n’a pu manquer l’arrivée théâtralisée de l’intéressé, à la tête d’un modeste rang d’hommes et de femmes, fanfares en queue de peloton. Pour sa part, Samou Adambi, appartient à cette catégorie de personnage qui savent imposer le silence de leur présence pour donner le plus grand éclat possible au vide créé par leur absence. Fils du terroir, lui aussi ancien maire de Parakou, ancien député de Parakou, ancien ministre de la République, anciennement très proche et aujourd’hui rival de Rachidi Gbadamassi, Sam Adambi aura su mieux que quiconque cultiver l’art de ‘‘la discrétion à dessein’’, avant, pendant et après la cérémonie d’investiture. Le jour J, Sam (son petit nom) se faisait humble, discret, saluant sobrement la foule tout en arborant ce genre de sourire ravageur qui ne passe pas inaperçu. L’autre élite locale, Charles Toko, était très actif quelques semaines plus tôt, notament en invitant Adambi et Gbadamassi à son domicile, pour tenter de leur faire fumer le calumet de la paix. Le même Charles Toko est apparu moins actif au cours de cette cérémonie, se contentant d’être présent, comme une force tranquille qui n’a plus rien à prouver. On parlera aussi de lui, Louis Vlavonou, président de l’Assemblée nationale, l’un des rares présidents d’institution de la République (le seul ?) dont la présence se voulait remarquée. Cela dit, au registre de la ressource humaine, pour trouver ce qui a vraiment fait le charme de cette cérémonie, il faut regarder ailleurs que dans la direction de ces présences convenues.
Le bal des clowns de service et autres personnages de cirque
Paul Lokossou Kéta. Il est élu local, Chef d’Arrondissement (C.A) de Ganvié 2, dans la commune de So-Âva (département de l’Atlantique). Et homme d’affaires prospère. En somme, il est tout sauf un larbin qui a besoin de faire le griot pour mériter sa pitance. Pas à un paradoxe près, le C.A Paul Kéta est aussi, depuis quelques semaines, la mascotte d’un analphabétisme qui s’assume et s’érige en référence sociétale. Tout est partie d’une interview au détour d’une cérémonie officielle ; interview au cours de laquelle, ce C.A étale un niveau difficilement égalable de maltraitance de la langue de Molière. Quelques expressions extraites ce cette interview, retiennent particulièrement l’attention, comme le fameux « Je n’aime ça » qui devient virale sur les réseaux sociaux et même au-delà, faisant de l’individu une star nationale. On prête au même Paul Kéta la paternité de l’expression politique du moment : DANS LE RANG ! Et s’il y a une image de la cérémonie d’investiture de samedi dernier qui restera longtemps gravée dans la mémoire collective, c’est incontestablement celle de la star Paul Kéta, habillé en personnage loufoque arborant un accoutrement fait de tenue traditionnelle trois-pièces dite Agbada, qui n’aurait rien de comique si elle n’était assortie d’un képi hybride sur lequel est brodé l’expression ‘‘DANS LE RANG ‘’. Le doute est levé ! Véritable sensation de l’instant, Paul Kéta a été, de tous les invités présents à cette cérémonie d’investiture, celui avec qui tous les autres voulaient faire des selfies.
Kata Kata Biodjo Chabi Wouré Boukoukpin Bertin Koovi Segbowe. De qui tout ceci est-il le nom ? De personne en particulier ! Bertin Koovi, pour faire simple, se présente souvent comme économiste fondamentaliste. Il est acteur politique ou analyste politique suivant les circonstances. Il a un certain talent pour masquer son manque de consistance par des extravagances langagières et une obsession à braquer les projecteurs sur sa personne. Pour parvenir à ses fins, il n’hésite pas à faire recours à une tenue vestimentaire conçue spécifiquement pour que sa silhouette ne passe pas inaperçue. Comme la tenue indescriptible dans laquelle il était drapé lors de la cérémonie d’investiture de samedi dernier à Parakou.
Karim Urbain Elisio da Silva et les autres. Patriarche et élite politico-religieuse de Porto-Novo, Karim da Silva aura 98 ans le 06 novembre prochain. Il était bien présent, samedi dernier, à la cérémonie d’investiture du duo WADAGNI/TALATA, distribuant les gestes de bienveillance et multipliant les attentions, comme pour mériter son titre de doyen de l’événement. Ousmane Batoko, ancien président de la Cour suprême du Bénin, figure tutélaire pour plus d’un dans le paysage politique, a tenu lui aussi à jouer sa petite partition dans le concert des visages qui sortaient de l’ordinaire. Pour le reste, il n’y a rien à dire sur les verres fumés qui barraient le visage de l’une des deux vedettes de cette cérémonie d’investiture. Motus et bouche cousue ! Passons à un autre sujet…
Ces absences que tout le monde a remarquées
Le président de la République, Patrice Talon, avait promis, en l’assumant publiquement, qu’il sera très actif dans le choix de son dauphin. Curieusement, samedi dernier au cours de la cérémonie d’investiture du duo candidat, les quatre principaux partis politiques de la majorité présidentielle se sont évertués, chacun à son tour, à préciser, dates à l’appui, le processus interne qui avait conduit au choix du candidat WADAGNI. On aurait juré que l’objectif était de prendre l’opinion publique à témoin et, ensuite, de l’inviter à tirer la seule conclusion possible : Patrice Talon n’a pas eu voix au chapitre ! Les tenants de cette hypothèse auraient d’ailleurs beau jeu de faire remarquer que nul n’a aperçu ne serait-ce que l’ombre du président de la République à cette cérémonie. Comme si ceci expliquait forcément cela ! La vérité c’est qu’il aurait été difficile pour le président de la République encore en exercice de s’afficher samedi dernier à Parakou sans envenimer le débat sur l’utilisation des moyens de l’Etat au profit de la campagne électorale du duo candidat. Cette même logique a-t-elle prévalu dans le choix fait par le porte-parole du gouvernement de jouer à l’école buissonnière dans le cadre de la cérémonie de samedi dernier. Toutefois, si ‘‘le général’’ Wilfried Léandre Houngbédji était bel et bien inscrit aux abonnés absents, ses troupes de la DirCom (Direction de la communication de la présidence de la République) étaient, elles, bien présentes au poste, toute logistique habituelle déployée, pour assurer la couverture médiatique de l’événement. Aux frais des partis politiques de la majorité présidentielle, nous a-t-on précisé ! Autre cas autre lecture, bien malin qui détient la bonne explication à l’absence de Me Adrien Houngbédji, président du PRD, alors que le R (Renouveau) était bien présent sur les visuels et autres supports, preuve que la validité du mariage ayant donné naissance à l’UP-R ne souffre de l’existence d’un quelconque acte de divorce.
D’une curiosité à une autre, il y a des raisons de penser que l’absence de l’Honorable Basile Léon Ahossi a nourri quelques débats de chaumières. Ce député de l’opposition (Les Démocrates) et originaire de la même commune que le candidat Romuald Wadagni (dont il était par ailleurs très proche du défunt père, Nestor Wadagni), avait récemment défrayé la chronique en portant sur la place publique l’inconfort de sa posture politique, tiraillé comme il l’est entre le devoir de soutenir le fils et le droit d’honorer ses convictions d’opposant au régime. Par ailleurs, si les membres de l’actuel gouvernement étaient présents dans une écrasante majorité comme indiqué plus haut, l’absence de quelques figures de ce même gouvernement a été très remarquée. Notamment celle de la Ministre Adidjatou Mathys, qui retentit comme l’annonce d’un départ mérité à la retraite, elle qui a servi longtemps sous le précédent régime et tout le temps sous le régime actuel. Pour le reste, quelques observateurs de la scène politique ont pensé, à tort, que Janvier Yahouédehou, acteur politique qui s’est spécialisé ces derniers temps dans les attaques contre l’ancien président de la République et leader de l’opposition Boni Yayi, n’aurait pas le cran de faire le déplacement de Parakou, bastion de Boni Yayi. Il était bien présent à la plus grande messe politique du weekend écoulé. Par contre, au moment où nous produisons ces lignes, nous sommes toujours incapables de confirmer ou d’infirmer que l’ancien ministre Paul Akpona, reconcilié avec Samou Adambi, était à Parakou samedi dernier. Idem pour le ministre Modeste Kérékou. La liste exhaustive des grands absents attendra !
Le Sorbonnard

